Parcours atypique en passant par treize années de Pyrénées, souvenirs et anecdotes d'une époque pas si lointaine où la Guyane française était encore un petit paradis comptant beaucoup de personnages pittoresques...
Fonctionnaire de l'ONF, puis armurier, j'ai bénéficié de postes d'observations privilégiés et restitue une partie d'un vécu toujours pittoresque...
__________________________________________
Les battues aux mirouilles.
Une poignée de gendarmes mobiles mangeaient à la table voisine.
Comme notre magasin s'appelait Au Vieux Broussard et que nous leur avions été recommandés par l'escadron précédent, ils m'appelaient tout naturellement "Monsieur Broussard".
- Monsieur Broussard, y'a quoi comme gibier ici ?
- Des biches, des pacs, des singes, des agoutis, des pumas, des tapirs, des hoccos, des mirouilles…
- Des mirouilles ? C'est quoi, des mirouilles ?
- Un petit oiseau avec des grosses couilles…
Je m'attendais à un éclat de rire collectif. C'est raté. Ça mord à un hameçon que je n'ai même pas lancé. Je sens qu'il y a matière à se marrer et dans la conversation qui s'en suit, je résous l'équation mirouille = hocco.
- La mirouille est un oiseau noir, au cul blanc, pesant environ trois kilos, le bec possède une caroncule jaune.
- Et il y en a beaucoup ?
- Pas mal… C'est la saison maintenant…
- Vous pourriez nous emmener ?
- Je veux bien, mais ç se chasse en battue…
- Pas de problème !
- Il faut être dix, maximum…
- Pas de problème !
Le lendemain, une belle affiche est apposée à l'hôtel Galibi où résident nos vaillants chasseurs.
BATTUE DE MIROUILLES EN COMPAGNIE DU VIEUX BROUSSARD. DIX PERSONNES MAXIMUM. S'INSCRIRE ICI.
Et les gendarmes s'inscrivent. Ils passent au magasin, posent des questions sur les horaires, me rassurent :
- Ne vous inquiétez pas pour l'intendance ! On fournit les camions. Pour le carburant, on a largement tout ce qu'il faut…
- Tout ça me semble parfait…
Les gars passaient au magasin, confirmaient les inscriptions. L'un d'eux vint même s'excuser auprès de Maria :
- Je suis désolé, mais je ne pourrai pas venir à la battue aux mirouilles prévue ce weekend. Ça n'est pas grave ?
- Ben, non…
Finalement, pour des raisons que j'ai oubliées, les battues aux mirouilles n'eurent jamais lieu. Pour le plus grand bien de l'espèce !