BUNGALOWS. Nouvelle par Michel de Balmes.
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Extrait :
À Mary Fisher
Je crois que je rentrais d’un boulot sordide.
Les rues penchaient en tous sens, elles étaient à plusieurs pentes ; je tournais, comme à l’habitude, en suivant les rails d’une sorte de tram qui faisaient comme des spaghettis trop cuits. À l’angle de chez moi, j’aperçus une troupe de jeunes déguisés, certains en Pierrot, d’autres avec des vêtements amples, à volants. Leurs visages étaient fardés. Elle était au milieu d’eux, resplendissante, dans un chandail de laine bleue, trop large pour elle.
Quand ils m’ont vu, ils se sont élancés vers moi. J’essayais de courir mais ça allait pas, j’avais les membres qui se paralysaient de plus en plus. Elle avait fini par me rejoindre la première. On était à présent devant une double porte en bois massif, avec heurtoir et tout. Elle me prit la taille. Je la tenais par les épaules, les bras tendus à l’extrême, tant elle était cambrée.
- Je t’aime, je t’ai toujours aimé.
- Moi aussi, j’avais murmuré.
J’étais heureux, comme jamais je l’avais été, comme ça existe pas. Puis, la troupe flottante nous avait rejoints. Elle nous encerclait, attendant quelque chose. Ma fiancée me fit comprendre que notre amour pouvait pas leur être dévoilé maintenant, ni jamais... Qu’en fait, on devait jouer devant eux comme une scène à la Shakespeare. Elle lut une belle tirade, en anglais, écrite en grosses lettres sur une très grande feuille.
Je me souviens pas bien, mais je crois que quand c’était à mon tour, je trouvais rien à répondre en anglais, les phrases venaient pas. T’as décidément aucun esprit, t’es qu’une marmotte, je me disais. Alors, comme si par ma stupidité, j’avais détruit toute joie, la troupe repartait et je voyais le visage gêné, pour moi, de ma fiancée.
(...)