Je m’étais arrêtée dans ma promenade à travers la forêt, impressionnée par le mystère d’une tombe d’enfant isolée sur le versant de la colline.
Une riche épitaphe en marbre blanc, arrachée de sa base et renversée sur le sol, attestait que cette fillette dormait depuis quatre-vingts ans son suprême sommeil, dans le silence de cette solitude, sous la seule protection des grands pins amis, qui épandaient leurs rameaux puissants au-dessus du tertre ravagé et du mur d’enceinte éboulé. Des oiseaux avaient bâti leurs nids dans les crevasses mêmes du tombeau ; mais les oisillons avaient déjà déserté leur berceau aérien, et la tombe délaissée était lugubrement silencieuse, ce matin d’été où je m’y arrêtai pour la première fois.
Devant les vestiges de cette sépulture luxueuse, je songeais à la douleur, à la dévotion des parents, qui avaient voulu donner à la mort tout ce que l’amour peut lui donner : des larmes, des regrets, une pierre tombale qui garde de l’oubli le nom qui nous est cher.
Un pâle rayon de soleil filtrait entre les branches, se posant comme une caresse sur le sépulcre en ruine. Cela me fit l’effet d’un baiser maternel à la tombe virginale. Deux petites fleurs bleues, qui s’épanouissaient au milieu du tertre, m’apparurent comme de grands yeux doux s’éveillant sous la caresse matinale.
Je revoyais le blanc cercueil et le lent cortège qui avait dû l’accompagner vers sa demeure suprême et poétique, je revoyais la petite morte en sa robe de mousseline vaporeuse comme un rêve, je revoyais la mère en deuil, étouffant ses sanglots…