Ce livre contient une table des matières dynamique.
Une littérature qui a contribué à façonner l'esthétique contemporaine.
Léon Tolsto nous donne un aperçu de sa conception de l'art qui dépasse le concept de beauté dans un livre passionné, agressif et controversé. Pour l' auteur, le sens de l'art réside dans sa capacité à transmettre des idées universelles par la communication à travers l' imagination, par opposition à la simple satisfaction des goûts d' une élite. Ainsi, le but ultime de l'art serait de rapprocher les hommes en transférant du domaine de la raison au domaine de la vérité. Ce livre méconnu, publié pour la première fois en 1898, fut l' un des précurseurs de l'esthétique contemporaine et suscita à l'époque une intense polémique .
Tolsto est un auteur qui vise à comprendre l'art en dehors de la subjectivité.
Extrait : CHAPITRE I. LE PROBLÈME DE L’ART
Pour la production du moindre ballet, opéra, opéra-bouffe, tableau, concert ou roman, des milliers de gens sont contraints de se livrer à un travail souvent humiliant et pénible. Encore ne serait-ce que demi-mal si les artistes accomplissaient eux-mêmes la somme de travail que requièrent leurs œuvres ; mais ce n’est pas le cas, ils ont besoin de l’aide d’innombrables ouvriers. Et cette aide, ils l’obtiennent d’une façon ou d’une autre, tantôt sous la forme d’argent donné par les riches, tantôt sous celle de subventions de l’État : auquel cas l’argent leur vient du peuple, dont une grande partie est obligée de se priver du nécessaire pour payer l’impôt, sans d’ailleurs être jamais admise à jouir des jouissances de l’art. Et l’on comprendrait cela, à la rigueur, pour un artiste grec ou romain, ou même pour un artiste russe de la première moitié de notre siècle, où il y avait encore des esclaves ; car ces artistes pouvaient se croire en droit d’être servis par le peuple. Mais de nos jours, où tous les hommes ont au moins un vague sentiment de l’égalité des droits, il n’est plus possible d’admettre que le peuple continue à travailler malgré lui au profit de l’art, si l’on ne tranche pas d’abord la question de savoir jusqu’à quel point l’art est une chose assez bonne et assez importante pour racheter tout le mal dont elle est l’occasion.