À l'instar de Emily Dickinson, qui a inspiré à Dominique Fortier deux de ses livres, la photographe franco-américaine Vivian Maier n'a pas cherché à diffuser son travail de son vivant. Ce sont d'autres qui, après sa mort, ont fait connaître son œuvre. Elle a vécu une existence à la fois pleine et retenue, créant pour elle-même avant tout. Une forme de pureté artistique qui persiste à fasciner Dominique Fortier.
C'est pourquoi elle se lance dans Chambres noires sur les traces de Vivian Maier, enfant sans père née d'une mère sans père, élevée entre New York et les Alpes, dans une solitude brisée seulement dans l'obscurité des salles de cinéma et les bains de foule new-yorkais. C'est le métier de nounou qui lui offrira la liberté dont elle a besoin pour commencer, d'abord à tâtons, puis avec une constance frisant l'obsession, son œuvre photographique. Rolleiflex au cou, les pieds sur le béton, les yeux et le cœur tournés vers ce que personne d'autre ne voit, cette femme hors normes construit sur près de quarante ans son œuvre secrète, fougueuse et grave. Cherchant en toute chose la face cachée, l'étrange, le secret, Maier accumule pendant des décennies des photos et des négatifs témoignant de son attention rigoureuse et de sa clairvoyance, mais aussi d'une tendance à l'accumulation qui prendra finalement toute la place.
C'est par cette œuvre que Dominique Fortier pénètre l'univers de la photographie, fouillant non pas ses aspects techniques, mais son histoire, son sens et son envers, ses promesses impossibles et sa manière de révéler les doubles et les fantômes qui hantent nos vies.Avec toute l'intelligence poétique et la sensibilité qu'on lui connaît, Dominique Fortier déploie un de ses textes les plus puissants et généreux, un livre à la fois enraciné dans la difficile matière du monde et sublimé, touchant aux pans les plus insaisissables de l'existence.