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Préface de Marie Hélène Poitras
Margaret Laurence, née Jean Margaret Wemyss, a vu le jour en 1926 à Neepawa, au Manitoba. Celle que l’on surnomme « Peggy » n’a que quatre ans lorsque sa mère, Verna Jean Simpson, décède. Son père, l’avocat Robert Harrison Wemyss, se remarie avec la tante de la petite fille, Margaret Campbell Simpson, venue aider la famille, avant de mourir à son tour en 1935. Après ses études, Margaret Laurence est embauchée par le Winnipeg Citizen puis épouse, en 1947, l’ingénieur Jack Laurence. Le couple s’installe d’abord en Angleterre avant de déménager en Somalie et au Ghana, un séjour qui marque profondément l’écrivaine. Désormais mère de deux enfants, Jocelyn et David, Laurence revient au pays en 1957, rompt avec son mari et repart vivre un temps en Angleterre. Son premier roman, This Side Jordan, est publié en 1960, suivi par ses mémoires somaliennes (The Prophet’s Camel Bell) en 1963. En 1964 paraît son futur classique, The Stone Angel (L’ange de pierre), véritable assise d’un ambitieux édifice littéraire mondialement connu sous le titre de cycle de Manawaka. Sous le couvert de la fiction, Laurence y transpose certains événements de sa vie dans un lieu imaginaire inspiré par sa ville natale. Suivront, au cours des années suivantes, A Jest of God (Une divine plaisanterie, 1966, Prix littéraire du Gouverneur général du Canada), The Fire Dwellers (Ta maison est en feu, 1969), le recueil A Bird in the House (Un oiseau dans la maison, 1970) et, enfin, The Diviners (Les Devins, 1974, Prix littéraire du Gouverneur général du Canada), roman complexe et mature qui vient clore de façon magistrale ce que plusieurs considèrent comme le plus important cycle romanesque canadien (en cours d’édition dans sa version intégrale dans la collection CODA).
L’écrivaine manitobaine a également, tout au long de sa prolifique carrière, publié de nombreux articles et essais ainsi que des œuvres pour la jeunesse. En 1972, deux ans avant qu’elle ne revienne s’installer définitivement à Lakefield, en Ontario, Margaret Laurence est nommée Membre de l’Ordre du Canada. S’en suit une longue période de silence littéraire pendant laquelle Laurence doit constamment se battre contre la censure de ses livres et la reconnaissance de la littérature au Canada. Au fil des ans, l’auteure s’investit de plus dans plusieurs causes environnementales et pacifistes. Cette grande dame des lettres canadiennes met fin à ses jours le 5 janvier 1987 après avoir appris, quelques mois plus tôt, qu’elle souffrait d’un cancer incurable. Ses mémoires intitulées Dance on the Earth ont été publiés en 1988. Encore aujourd’hui, Margaret Laurence demeure l’écrivaine la plus lue au Canada. Elle a exercé une profonde influence sur des écrivains majeurs tels Robertson Davies, Alice Munro et Margaret Atwood.