EXTRAIT:
I. Véritable état de la question.
« Il faut organiser le travail… Ce qu’il y a de plus pressant, c’est d’organiser le travail… Il n’y a pas un instant à perdre… Toute heure de retard peut devenir fatale : la tranquillité, la fortune, l’anarchie, la guerre civile, la misère, le salut ou la ruine de la République sont au bout de cette question. »
Voilà ce que chacun s’est mis à dire, depuis quatre mois, à la tribune de l’Assemblée nationale, dans les salons, dans les ateliers, dans les clubs, dans les comptoirs, sur les places publiques, à Paris et dans les départements.
En termes plus ou moins explicites, la même question vient à l’ordre du jour dans l’Europe entière : elle est le dernier mot du présent et le premier de l’avenir.
En France déjà, nous sommes arrivés à un commencement d’application. A partir de l’établissement de la République, presque pas de jour qui n’ait vu formuler un nouveau système, présenter un nouveau décret, solliciter un nouveau crédit, tenter un nouvel essai. Vains efforts ! au lieu de diminuer, l’inquiétude augmentait ; l’horizon se couvrait de nuages de plus en plus sombres ; l’orage était imminent : évidemment le problème n’était pas résolu.
On en était là, lorsqu’une épouvantable catastrophe est venue soudain justifier toutes les alarmes. Ni le canon qui cesse à peine de gronder, ni l’immense douleur qui couvre Paris et la France d’un voile lugubre, n’ont pu distraire les esprits de la grande question de l’époque. Après comme avant la lutte, elle demeure l’objet de toutes les pensées, le sujet de toutes les inquiétudes, le texte obligé de mille commentaires différents dans la presse et dans la conversation.