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Extrait :
À mes yeux et à mes oreilles,
l'orgue sera toujours le roi des instruments.
Wolfgang Amadeus MOZART
Le grand trompe-l’œil représentant la gloire de San Cataldo renvoyait les accords d’un choral de Bach.
Toute la cappellone de la Cathédrale vibrait sous les harmoniques nées de l’orgue.
Gianni-Bastiani leva les mains du clavier et se retourna pour contempler la grande peinture de la voûte. L’artiste Paolo De Matteis avait représenté, presque au centre de la fresque, San Cataldo, le grand saint évangélisateur, Patron de Taranto, cette ville où le musicien vivait depuis presque dix années.
Selon la légende, c’était lors de son pèlerinage à Jérusalem, exactement sur le lieu du Saint-Sépulcre, que Jésus était apparu à San Cataldo et lui avait dit de venir à Taranto pour y établir ses Saintes Lois. Et Cataldo, natif d’Irlande, y était allé.
La grande fresque ovale de la voûte le montrait entouré de la Vierge et de Saint Pierre, ce Fondateur qui avait, toujours selon la légende, abordé dans l’une des deux îles Cheradi, juste en face de Taranto. Au-dessus de San Cataldo, on voyait Jésus et son Père, le Dieu d’avant les siècles.
Gianni-Bastiani tira un registre de l’orgue et reprit le choral de Bach.
Il l’aimait tant, ce choral. « Ce jour si plein de joie », avec son accompagnement sautillant, plein d’allégresse. Et pourtant il le jouait lentement, très lentement. C’était son défaut, déjà au Conservatoire de Brindisi, où il avait étudié si longuement les Maîtres. « Vous jouez trop lentement, Gianni-Bastiani ! Réveillez-vous un peu ! ». Il entendait encore la voix chevrotante de son vieux professeur, Ambrosio Ruscello. Mais il n’y avait rien à faire, son tempo à lui, c’était le tempo lento. C’était la pulsation de son âme.
Pour cela, il admirait le grand chef d’orchestre et organiste Karl Richter. Ses tempi lents, si beaux, si majestueux et qui convenaient si bien à la musique de Bach.
Gianni-Bastiani, tout en jouant le choral qu’il connaissait par cœur, se prit à rêver. Et c’était un rêve presque réel où Bach, dans la fresque de De Matteis, prenait soudain la place de San Cataldo et, petit à petit, poussait même Dieu le Père de son nuage.
(...)