Nous disons souvent que ce sont les « meilleurs qui partent en premier ». Il n’y a rien de plus cruel que voir souffrir ceux que l’on aime. De mon côté, c’est la maladie d’Alzheimer, ou la démence, que j’ai côtoyée de près. De trop près. Je l’ai vue déformer ma grand-mère physiquement et mentalement, un souvenir effacé à la fois. Cette biographie romancée lui déclare la guerre, à cette maudite maladie, car j’ai voulu immortaliser ce que ce fléau tentait de supprimer ! Mon deuil en blanc, je l’ai commencé en encrant ses souvenirs sur les pages que vous vous apprêtez à lire. Des pages qui lui rendent hommage, qui représentent tout ce qu’elle me lègue: la « vie rêvée » qu’elle a eue, selon sa propre perception du chemin qu’elle a parcouru. À travers mes yeux de petite-fille, laissez-moi vous raconter l’histoire de sa vie, transformée en roman à l’aide de glaçage fictif pour que tous puissent en quelque sorte s’y reconnaître, pour que ceux qui ont vécu une situation similaire se sentent compris.
Cette première partie du diptyque démontre que, même si la fin de son histoire est triste, ce n’est pas le dernier chapitre d’une vie qui importe le plus, c’est le jardin de fleurs laissé derrière elle à chaque graine d’amour semée sur le chemin de toute une vie.
Vous avez donc devant vous la chronique romancée d’une femme heureuse et généreuse qui a su construire, avec son époux, le tissu d’une famille unie et féconde et dont le ciel de ses vieux jours ne laissait rien présager de sombre. Au contraire, la dame avait elle-même décidé d’emménager chez ses parents afin de prendre soin d’eux jusqu’à la toute fin. Tout en ayant modifié les prénoms originels des vrais membres de ma famille, je ne laisse que peu d’indices, sur le drame qui se trame et qu’est celui de perdre lentement mais sûrement une personne aimée dont la mémoire et la reconnaissance fuient et force l’entourage à vivre ce que j'appelle très justement un deuil blanc.